Vagabondage en salles obscures inédit du mois d’avril 2010

Breathless est une fiction tragi-comique de Ik-june Yang. Le réalisateur coréen signe là un film atypique, dans la mesure où il entremêle une violence brutale et gratuite à un traitement souvent comique du caractère des protagonistes. Ayant grandi aux côtés d’un père violent, coupable du meurtre de sa sœur et responsable de la mort de sa mère, Song-Hoon est devenu un homme de main recouvreur de dettes apparemment dénué de toute émotion ou critère moral, dont le quotidien se résume à tabasser et racketter autrui. Un changement semble s’opérer en lui lorsque qu’il rencontre un jour Yeon-Hee, une lycéenne de seize ans. Cette dernière évolue dans un cadre familial violent, victime du comportement agressif de son frère et de son père, mais ne semble étrangement pas impressionnée par l’attitude brutale de Song-Hoon. Petit à petit, une relation privilégiée se noue entre l’homme de main et la jeune femme. Comme je l’ai déjà laissé entendre, la force de ce film réside dans sa capacité à nous faire rire et nous horrifier à la fois. Les réparties verbales de Song-Hoon, systématiquement agrémentées d’insultes, convoquent un comique de répétition qui se juxtapose de manière improbable aux innombrables et parfois insoutenables séances de recouvrement de dettes. En filigrane de cette cohabitation improbable des genres, le réalisateur explore sans voyeurisme la thématique de la famille et du rôle du père, ainsi que celle du pardon, la seule voie qui permettrait à Song-Hoon de quitter cet état de rage et d’animalité qui l’habite depuis la disparition de sa sœur et de sa mère. Ik-june Yang forge ainsi au son des râles et des pleurs une étrange quadrature du cercle, insufflant au cinéma asiatique d’aujourd’hui un nouveau souffle aussi réjouissant qu’inattendu.

Matthieu Roger

Les commentaires sont fermés