Scène culturelle inédite du mois d’octobre 2010

AU FIL DES PAGES

GRANDS ZHÉROS DE L’HISTOIRE DE FRANCE, de Clémentine Portier-Kaltenbach
Éditions Jean-Claude Lattès, 2010

J’ai trouvé cet ouvrage des plus jouissifs. Il recense en effet les plus mauvais et les plus pitoyables des personnages de l’histoire de France. Prenant le contrepied de l’histoire glorieuse d’une France généralement chauvine, Clémentine Portier-Kaltenbach, journaliste et historienne, dépeint pour nous une galerie d’individus plus hallucinants les uns que les autres. On hésite souvent entre les pleurs ou les éclats de rires : d’un côté ces « Zhéros » furent responsables de la mort ou du malheur des hommes placés sous leur autorité, de l’autre tant de lâcheté et d’incompétence atteignent un registre burlesque qui mérite de passer à la postérité. Mais que faut-il avoir accompli de si lamentable pour prétendre décrocher le statut tant convoité de « Zhéro de l’histoire de France » ? L’auteur établit pour ceci quatre catégories distinctes :
les hommes que le peuple crut un temps providentiels mais qui trahirent tous les espoirs placés en eux (Henri V, Boulanger).
ceux dont l’incompétence n’eut d’égale que l’importance des catastrophes qu’ils déclenchèrent (Kerguelen, Soubise, Chaumareys, Jules Favre, ainsi que Medina Sidonia, le chef de l’ « Invincible » Armada, le seul étranger admis dans ce palmarès).
les responsables de grandes défaites militaires (Villeneuve, Grouchy, de Grasse, Bazaine).
les aigris et les jaloux, ceux qui s’obstinèrent à nuire à de grands génies littéraires (Desfontaines, Fréron, Suard, Lemercier).
Tout autour d’eux gravite une tripotée de seconds couteaux tout aussi pathétiques, que je ne connaissais pas : Émile Ollivier, le général Lebœuf, Chevandier de Valdrome, le général Valdran, Daniel Wilson, de Machault d’Arnouville, Eugène Étienne… Sans oublier bien sûr la dynastie sanguinaire des Mérovingiens, les fous à lier – j’adresse ici une mention spéciale au maréchal d’Empire Junot, qui lors d’un bal à Raguse se présenta entièrement nu, vêtu de ses seules décorations –, les « pas si nuls que ça » et les Zhéros recalés pour circonstances atténuantes.
Au-delà de ces récits de vie rocambolesques et tragiques, Grands Zhéros de l’Histoire de France est une manière amusante de réviser son histoire de France. Les bourdes de nos grands Zhéros nationaux m’ont ainsi permis de revivre certains épisodes injustement oubliés, tels la Guerre de Sept ans ou la dispute des terres et colonies d’outre-mer entre la France et l’Angleterre. Ces fiascos à gogo réjouiront aussi bien les passionnés d’histoire que les lecteurs curieux et friands d’anecdotes croustillantes.

Matthieu Roger

Les commentaires sont fermés.